Végétaliser la ville
Réflexions sur la valeur polysensorielle et synesthésique des jardins et décors végétaux dans l'espace urbain romain
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Lyon
Conférence de Stéphanie Derwael au Colloque international "La ville des sens et les sens de la Ville : pour une histoire sensible de l'Vrbs" qui se déroulera les 8 et 9 juillet 2026 à l'Université Lumière Lyon 2.
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Abstract
L’espace urbain est multiscalaire, à la fois conçu comme un tout cohérent et comme une somme d’espaces autonomes répondant chacun à diverses fonctions et pratiques, s’adressant à divers publics. Les formes végétales des plantations et décors figurés (sculptures, peintures, mosaïques, stucs, terre cuites, etc.) font partie de cette syntaxe urbaine et doivent être comprises au-delà des seuls plaisirs de l’expérience esthétique. Elles participent de la subjectivisation des lieux, processus par lequel le regard et l’expérience transforme l’espace physique en un lieu vécu, porteur de significations affectives, sociales et culturelles. Relevant tantôt du monde sensible, tantôt de l’imaginaire (tel le rinceau d’acanthe qui ne présente aucune réalité botanique), elles sollicitent les sens, l’imagination et les connaissances préalables des utilisateurs et utilisatrices d’un lieu, au même titre que l’enargeia, l’ekphrasis ou l’hypotypose créent une mise en présence sensorielle dans les discours littéraires. Les formes, volumes, couleurs, matières, odeurs, sons et saveurs de ces plantes réelles et imaginaires, foisonnantes mais ordonnées, sont mobilisés dans une perception immersive et incarnée, polysensorielle et synesthésique, pour façonner une certaine expérience de la nature[1] dans l’espace urbain – ou de la ville dans la nature ? –, entre autres par la construction d’atmosphères et la matérialisation d’un espace-temps vécu, somme de géographies sensorielles où la circularité intemporelle de la nature s’entrelace avec le rythme social des humains, le temps des mythes et le rythme cosmique de l’éternité divine.
À partir d’une sélection d’études de cas, il s’agira d’analyser les modalités d’articulation des plantes vivantes et fictives avec l’environnement paysager, le bâti et ses aménagements, en particulier leur lien avec les zones de circulation, les points focaux et la diégèse de l’action, afin de comprendre comment ils (inter)agissent pour conditionner une expérience plurielle de l’espace urbain en influant sur le corps et l’esprit. Les formes végétales seront envisagées dans leurs dimensions spatiale, temporelle et sensorielle, en tenant compte de leur contexte matériel et fonctionnel, selon une approche phénoménologique et cognitive de la culture matérielle. Cet examen de la végétalisation dans la diégèse de la pratique de chaque espace bâti permettra d’analyser comment l’instrumentalisation des formes végétales sollicite les sens, façonnent une spatialité fonctionnelle et symbolique, contribuant à la construction d’un espace interactionnel et au conditionnement d’une expérience polysensorielle de la ville et de la nature.
[1] Ce terme moderne est employé ici par commodité, mais c’est bien le concept de physis ou natura qui est désigné.
