Nouveau mandat

Un nouveau mandat, synonyme de nouveaux développements dans l’étude de l’iconographie antique au SHAARAGR



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Stéphanie DERWAEL, Chargée de Recherches F.R.S.-FNRS (2021-2024)
L’hybride humano-végétal dans les décors et l’imaginaire romains

Les figures humano-végétales envahissent les décors romains dès la moitié du Ier s. av. J.-C. Héritières du bagage formel, symbolique et religieux de leurs homologues grecs, elles font l’objet d’une diversification formelle et syntaxique sans précédent, expression d’un renouvellement symbolique inédit. Parfois discrètes, elles sont victimes de la dévalorisation moderne de l’ornement, et n’ont jusqu’à présent suscité que peu d’intérêt. Leur mise en série laisse pourtant entrevoir toute l’originalité et l’importance de cet élément dans l’imaginaire romain.

La végétalisation de la figure humaine sert d’épithète iconographique : elle manifeste une prérogative de certains dieux, « Maîtres de la végétation ». Mais ces figures constituent-elles de simples gages de fertilité et de renouveau ? Leur hybridité-même, jusqu’à présent ignorée, est fondamentale. Car l’hybride, altérité née de la confrontation à la nature, est relégué aux extrémités du monde où il marque symboliquement une limite qui distingue sans exclure, et symbolise un ailleurs rendu bénéfique par l’action de la puissance impériale. Les figures végétalisées du monde romain évoqueraient ainsi des forces subversives de diverses natures, évoluant aux marges de l’espace civique et garantissant, par l’expérience de la transgression, la stabilité de l’ordre cosmique, concept central de l’idéologie romaine. Cette lecture inédite du motif repose sur une triple approche : l’examen formel et syntaxique des images (prises en compte, notamment, dans leur dimension spatiale), l’analyse de leurs contextes d’utilisation et des milieux socio-culturels dans lesquels elles apparaissent, et l’étude du sentiment de la nature.

Cette recherche, qui s’appuie sur la confrontation des sources littéraires et matérielles, éclaire sous un angle nouveau le langage visuel des Romains, et soulève une problématique historique dont on mesure pleinement l’actualité. Celle du rapport de l’homme à la nature, du rapport entre nature et culture.

Ce projet de recherches constitue le deuxième axe de la base de données Diphuès – iconothèque de l’hybride humano-végétal, outil de recherche, d’échange et de dialogue mis à disposition de la communauté scientifique internationale en open access.

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